“Nous sommes notre mémoire, nous sommes ce musée chimérique des formes inconstantes, tous ces miroirs brisés”.

Jorge Louis Borges

  • Chorégraphie et mise en scène: Natalia Vallebona.
  • Dramaturgie: Faustino Blanchut.
  • Interprètes: Faustino Blanchut, Mariangela Giacobini, Marianna Moccia, Francesco Russo.
  • Texte: Faustino Blanchut et Natalia Vallebona

Résumé:

« Où les fleurs fanent » est la dernière création du projet de recherche « Le touriste du sentiment » orchestrée par le collectif Poetic Punkers et dirigée par Natalia Vallebona. La pièce invite à une réflexion sur l’homme contemporain, un homme égaré dans un corps à corps avec son histoire, pris au piège dans ses souvenirs et par les jugements qu’il s’impose sur lui même. Le personnage principal, charmant héritier de notre époque névrosée, met en scène un mécanisme théâtral afin d’entreprendre un voyage, une introspection périlleuse dans la profondeur de ses sentiments, un pèlerinage à la recherche du pardon, de son propre pardon.


Synopsis: 

La mémoire est une mosaïque où les souvenirs s’agencent, se déplacent et s’estompent. Se rappeler c’est s’oublier dans la contemplation et laisser aller le regard, guidé de fragment en fragment par l’émotion. C’est oublier de se raconter une histoire prédéterminée et ne plus se soucier ni du motif, ni de la figure de la mosaïque. La pièce est un monologue où Faustino, le personnage principal, est un touriste, un touriste du sentiment, un touriste de la mémoire. Il se sert de Julie, Julie et Julien, trois individus uniformisés, subordonnés à son égo, pour une reconstitution sadique des évènements.

A travers le mécanisme théâtral qui s’appuie sur une relation de pouvoir claire, le personnage principal construit des scènes qui semblent dans un premier temps abstraites, mais qui se révèlent être ensuite des épisodes concrets de son passé.

Les souvenirs qui se matérialisent portent avec eux une charge émotionnelle qui croit en intensité tout au long de la reconstitution. Aimantée par l’événement traumatisant, qui légitime en quelque sorte la manifestation du souvenir, la scène tend vers un paroxysme émotionnel, une fissure qui ébranle Faustino. Il perd le contrôle du jeu théâtral, il se noie, s’oublie, jusqu’à ce qu’un soubresaut de lucidité, l’extrait tant bien que mal de la souffrance dans laquelle lui seul s’est plongé.

Le protagoniste est le portrait d’un être enlisé dans un monde où les autres ne comptent pas, où il se sert de tout et de tous jusqu’à ce que la réalité fasse irruption et le fasse vaciller. Se rappeler, revivre le passé à travers les autres, l’oblige à dévoiler des faiblesses et des sentiments qui le rendent vulnérable. Il s’épuise à vouloir ériger des barrières entre lui et ce qui pourrait le reconnecter à lui-même.

Photos de Giacomo Moceri e Ilaria Salvagno, Venice Open Stage, juillet 2019

La construction de la dramaturgie, laissant place à de nombreux paradoxes et métaphores absurdes et parfois burlesques, conduit à la déflagration de l’égo et à l’apparition d’émotions qui affaiblissent et corrompent son pouvoir. Malgré tout, Faustino est un personnage aimable, un matador, le fils illégitime d’une époque et de ses névroses, un champion qui perpétue la culture d’un peuple entier, avec son imaginaire et ses héros: Richard III, Macbeth, Faust, Don Giovanni. Il est l’incarnation de l’indifférence, le déchet d’une insidieuse société de consommation qui gangrène les relations humaines contemporaines. Le mécanisme théâtral encourage les interprètes, dans l’interprétation de leurs personnages, à entreprendre un voyage dans la profondeur des sentiments. Inconsciemment, ils s’éloignent petit à petit de cette attitude de touriste et retrouvent peu à peu une dimension humaniste, plus proche de la figure du pèlerin. L’individu dans sa solitude est involontairement reconduit à l’universel, à l’humanité, à la recherche du pardon. Le spectacle, où l’humour, la légèreté et le grotesque de la forme s’allient à un mécanisme de fond, propose aux interprètes et au public de vivre les rebondissement et les revers d’une vie, parfois heureux ou malheureux, parfois comiques ou tragiques.

Critique/Presse d’Andrea Porcheddu: https://www.glistatigenerali.com/teatro/premio-giovani-realta-del-teatro-chi-ha-vinto-e-perche/

Valentina Spera, La nouvelle vague: https://www.lanouvellevague.it/ou-les-fleurs-fanent-turisti-del-sentimento-a-passeggio-nel-mondo-delle-emozioni/

Interview radio italienne Rai, Chi é di scena: http://www.rai.it/dl/portali/site/articolo/ContentItem-49dd60e1-095e-4b8f-a76b-95a6ba6b783a.html?fbclid=IwAR14e6h2y0EeZh8q5W3O91tOK3fn9ORke22APYOXA3vE2-O3FhBhn21y-j8

Dessins de Davide Faggiani, Festival Fisco – La Spezia – 26 avril 2019.

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